Visages de Gilets jaunes en N&B

Novembre 2018- Novembre 2019


Mécano, infirmière, conducteur de bus, artisan VTC, comptable, ambulancier, ouvrier, cheminot, retraité, etc. La mobilisation des « gilets jaunes » est éminemment populaire dans sa composition sociale. Elle l’est aussi dans « l’opinion publique » construite par les grands médias dont l'engouement s'explique probablement autant par la logique de l'audimat que par l'opportunité que représente ce mouvement pour manipuler les émotions du Peuple et se présenter comme son porte-parole légitime.


Faiblement organisées, du moins à distance, initialement, des organisations politiques et syndicales traditionnelles, les personnes mobilisées ont pourtant elles aussi prétention à se représenter, notamment contre les « élites », et contre Macron en particulier. Partie d’une simple grogne sur la hausse du prix du carburant, les slogans des manifestants débordent largement la critique (très libérale) de l’impôt ou du "trop d’État". Pour certains manifestants, c’est d’abord la faiblesse du pouvoir d’achat qui est mis en avant, mais aussi, et surtout, la dénonciation des inégalités sociales, des cadeaux faits aux riches aux dépens de celles et ceux qui voient leurs conditions d’existence se détériorer ; pour d’autres, c’est le recul des services publics dans leur environnement immédiat qui est déploré, parce qu'ils sont justement les seuls capables de garantir une véritable transition énergétique ; pour d’autres encore, il s'agit d'un simple geste de solidarité vis-à-vis des gens qui galèrent, comme ce manifestant qui réclame, prosaïquement, "l’abolition de la misère". A Paris, la marche improvisée vers le Palais de l’Élysée et les scènes d'émeutes qui se sont déroulées la nuit du 1er décembre résonnent comme un avertissement qui s’explique sans doute d’abord par la violence des inégalités structurelles qui traversent la société française.


Mais c’est peut-être, aussi, la synchronisation des souffrances, des crises et le sentiment d'humiliation de ce "peuple" face au mépris répété de leur Président et face à l’arrogance du monde qu'il représente qui met le feu aux poudres. Progressivement, la colère se transforme en rage chez certains manifestants et derrière la multiplication des revendications réclamant la démission pure et simple (sinon la tête…) du Président est réaffirmé aussi un puissant désir de Démocratie.


Malgré les stratégies pour entraver la mobilisation (sous-estimation du nombre de participants, blocage des accès pour se rendre sur les lieux de manifestation, destruction des cabanes,  disqualification symbolique des "porte-parole" du mouvement dans les médias), malgré aussi la répression policière et judiciaire particulièrement brutale (recours à des blindés pour boucler la place de l’étoile et la Place de la République le 8 décembre, nombre considérable de blessés et d’interpellations aveugles, circulaires spéciales Gilets jaunes, etc.), ce mouvement social restera parmi les plus longs et les plus offensifs des dernières décennies.


Ces images en donnent un aperçu en Picardie et dans la région parisienne. Un livre dédié à l'histoire de ces hommes et ces femmes entrés en révolte leur a été consacré : Justice et Respect.

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