Acte 15 : A la rencontre des médias - Brice Le Gall

Acte 15 : A la rencontre des médias

Paris, le 17 février 2019


Alors que les médias dominants continuent de pilonner le mouvement des Gilets jaunes, un petit groupe de l’Oise s'est mobilisé deux fois de suite ce week-end à Paris. Certains d’entre eux, très sollicités par les journalistes de trottoir pendant la mobilisation du dimanche, ont tenté de faire entendre leur combat. Mais un rapide survol du traitement médiatique rappelle une nouvelle fois le pouvoir considérable dont disposent les journalistes pour façonner le visage du mouvement, lui dicter ses orientations et construire l'opinion publique.


Premier « non sujet », incontournable pour les journalistes présents : les agressions verbales « à caractère raciste » à l’encontre de l’académicien A. Finkielkraut, pourtant bien connu pour son islamophobie, sa distinction entre les français "souchien" et "les autres", ou encore pour sa haine de l’égalitarisme et des habitants des quartiers populaires. La présence dans le cortège de plusieurs personnes de confession juive venus avec leur kippa pour témoigner leur solidarité aux gilets jaunes aurait dû couper court à la polémique et faire comprendre que celle-ci relève des outils désormais classiques pour disqualifier les mouvements sociaux. Mais évidemment, point de caméra pour diffuser ces images de solidarité, ni d’ailleurs les multiples scènes de fraternisation entre Gilets jaunes et personnes « racisées » sur la place de l’Etoile ou celle de la République. Les Gilets jaunes sont sommés de répondre, de s'expliquer et de condamner, sous peine de cautionner.


Les divisions entre syndicats et Gilets jaunes sont aussi largement abordées et ensuite montées en épingle dans les conférences de rédaction. Alors que Gaylord et Vincent s’efforcent pendant plus de 10 minutes de défendre au mieux l’unité du mouvement en reformulant les questions les plus orientées, en déconstruisant les chiffres des manifestants, ou encore en désamorçant des manœuvres grossières visant à donner l’image d’un mouvement qui s’essoufflerait, il n’en reste rien ou si peu au moment du montage par Radio France : la distinction légitime entre les directions syndicales, structurellement soumises à la compromission, et leur base militante qui défend les travailleurs dans les entreprises, est détournée  une nouvelle fois pour renforcer l’idée d’une opposition entre les « pro » et « anti » syndicats. Peu importe ce que les Gilets jaunes essayent de dire, la pensée médiatique préfère toujours les caricatures à la subtilité.


Enfin, l’événement médiatique de la journée repris en boucle sur les chaines d’information concerne Ingrid Levasseur exfiltrée du cortège alors qu'elle est prise à partie par une poignée de manifestants survoltés. Là encore, les médias ont pu donner à voir l'image d'un mouvement violent, intolérant, divisé en faisant passer au second plan les tentatives de médiations de nombreux gilets jaunes bien conscients que leur victoire passe par une neutralisation des tensions internes. La sur-diffusion médiatique de cette scène apparait d'autant plus malveillante qu'une partie des personnes sur place ignoraient probablement qu'Ingrid Levasseur s'était désolidarisée de la liste "RIC" pour les prochaines européennes et qu'elle avait conscience d'avoir été manipulée.


En l'absence de scènes de guérillas urbaines, les médias ont pu ainsi construire trois faux événements qui concourent à donner l’image d’un mouvement divisé, chaotique, sans perspective. Leur pouvoir est tel aujourd’hui qu’ils contrôlent presque complètement « l’agenda politique » des partis, organisations, associations. Et il en est de même de celui des Gilets jaunes puisque plusieurs rassemblements sont d'ores et déjà prévus contre l’antisémitisme. Un "hors sujet" comme le souligne justement un Gilet jaune de l’Oise mais auquel "on se retrouve sommé de répondre". C'est précisément la fonction des faits divers : faire diversion.

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